
Sigmund Freud était un passionné de littérature et d’écriture. Il a écrit beaucoup d’ouvrages sur son terrain de jeu, la psychanalyse. C’était un rat de bibliothèque. Les livres et l’écriture l’accompagnèrent toute sa vie. La littérature (romans, poésie, théâtre), l’histoire et la philosophie ont nourri son appétit de lecture, comme son insatiable curiosité de l’esprit humain.
En quoi la littérature et la psychanalyse sont-elles des domaines en commun ? En quoi se complètent-elles ?
Dans un premier temps, j’aborderai la question de la “psychanalyse fondamentale” avec les thèmes du conflit oedipien (Oedipe Roi de Sophocle), de la problématique de la castration et des fantasmes originaires pour dans un second temps, aborder le sujet de l’écriture avec le thème de l’inconscient en littérature, de la passion littéraire avec son métier d’écrivain et le conflit entre Freud et Breton à propos de l’écriture automatique dans la pratique surréaliste (Manifeste du Surréalisme, 1924 et le Second Manifeste du Surréalisme, 1930).
I- Freud et la psychanalyse
La psychanalyse est le thème principal des écrits freudiens avec l’élaboration des théories psychologiques du complexe oedipien, de la problématique de la castration, des fantasmes originaux avec la théorie de séduction, de castration et de scène originaire. Selon Freud, le fantasme de séduction préfigure l’apparition de la sexualité chez les adolescents, hommes et femmes.
A- Conflit oedipien dans l’œuvre “Oedipe Roi” de Sophocle
Sophocle était un auteur de l’Antiquité grecque. Son livre reprend le mythe qui a donné naissance au conflit oedipien.
Oedipe est le fils de Laïos et de son épouse Jocaste. C’est le fils du roi de Thèbes, cité grecque antique. L’oracle de Delphes avait prédit que Oedipe tuerait son père et épouserait sa mère. Le petit enfant est adopté par une famille royale lointaine. Adulte, il part pour Thèbes et la prophétie se réalise.
Freud explique que le complexe d’Oedipe sert aux enfants à comprendre que papa et maman ne seront jamais l’époux ou l’épouse. C’est le plus grand traumatisme et le premier deuil. Avec le temps, les émotions sont refoulées et l’enfant grandit normalement. La psyché enfantine forme la psyché adulte. Les maux de l’enfance peuvent réapparaître une fois adulte dans les rêves et la maladie hystérique.
J’ai fait tout un article là-dessus où j’explique que les rêves dévoile une partie de l’inconscient, ce qui est utile pour suivre une psychanalyse. La technique de Freud est de guérir ses patients et ses patientes en analysant leurs rêves. Il en a tiré son livre L’interprétation des rêves. Freud pratique l’onirisme pour savoir comment soigner les blessures inconscientes qui deviennent conscientes quand la personne rêve la nuit.
L’oedipe est l’antichambre de l’apprentissage de l’histoire de l’humanité, de la religion et de la morale.
Le refoulement permet de vivre dans l’oubli de nos conflits affectifs encore actifs en nous. Il y a une proximité entre la problématique de l’inconscient et celle des œuvres littéraires : oedipe, castration, séduction.
B- Problématique de la castration
La problématique de la castration découle du complexe d’oedipe. Il est reconnu comme universel et lié au stade ultime du complexe d’oedipe.
Pour le garçon, le fantasme de castration est en rapport avec “la mort symbolique” du père qui interdit à son fils de faire la cour à sa mère. Il détermine le premier deuil du petit garçon.
Chez la petite fille, c’est l’inverse. Elle se coupe de sa mère pour séduire son père. Elle déteste sa mère le temps de la période œdipienne pour mieux la retrouver et copier les actes et les comportements de sa mère jusqu’à son adolescence.
Pour le petit garçon et la petite fille, la fin de l’oedipe met le fantasme de castration dans l’inconscient pour refouler les désirs qui ressortent par l’intermédiaire onirique à l’âge adulte, chez des individus névrosés ou malades d’hystérie, patientes et patients de Freud.
Freud découvre la proximité des problématiques psychiques inconscientes avec celles que déploient les œuvres littéraires : l’oedipe, la castration (celle de la scène primitive), la séduction : il nomme ces phénomènes “les fantasmes originaires”. Ils sont au cœur des productions artistiques comme au cœur des rêves, des symptômes, des conflits de la psyché (pensée humaine). Freud s’étonne de la fécondité de l’âme humaine qui permet d’atteindre la résilience. Il a des principes de plaisir et de réalité et il saisit combien l’œuvre artistique participe au travail de la condition humaine.
C- Fantasmes originaires et la théorie freudienne de la séduction
Les fantasmes originaires sont au cœur des productions artistiques comme les rêves, les symptômes, les conflits de la psyché (pensées humaines). Freud s’étonne de la très grande fécondité de l’âme humaine pour devenir résilient c’est-à-dire, pour résoudre et dépasser les conflits entre désirs, défenses, plaisir, réalité. Il comprend à quel point le domaine artistique participe au travail d’élaboration indispensable à la condition humaine. Freud découvre qu’il existe deux types de processus : primaire et secondaire.
Les processus primaires permettent à l’inconscient de contourner la censure et de trouver une porte de sortie vers les rêves et les productions artistiques. Freud s’étonne de la richesse de déploiement et de l’extraordinaire faculté de l’âme humaine pour résoudre et dépasser les conflits entre les désirs et la défense, entre les désirs et la moralité conscience qui se construit par les événements et les deuils enfouis dans l’inconscient.
Le caractère se forme grâce aux fantasmes originaires. La théorie freudienne de la séduction explique que les premières investigations psychologiques subissent l’agression sexuelle d’un adulte pervers. Freud élabore une nouvelle théorie du refoulement et de l’après coup : ce sont les phénomènes de réorganisation psychique (souvenirs, affect, etc.).
II- Freud et la littérature
Avec ses écrits, Freud élabore ses théories psychanalytiques en mêlant la création des mécanismes communs au bon fonctionnement psychique individuel avec l’apport de la production littéraire et artistique dans ses ouvrages. Il se passionne pour les grands classiques littéraires, pour l’écriture. En revanche, il s’oppose violemment à André Breton au sujet de l’écriture automatique dont raffolent les surréalistes.
A- La littérature et l’Inconscient
Les processus secondaires caractérisent le système préconscient et conscient et s’expriment dans les activités de la pensée vigile, de l’attention, du jugement et du raisonnement, de la pratique du travail créatif. Freud se réjouit de trouver dans les créations des écrivains des “confirmations de ses trouvailles concernant des individus névrosés de la vie réelle”. Il va aller plus loin et il cherche “à partir de quel matériel d’impressions et de souvenirs” l’inconscient emmagasine les secrets de la psyché. L’écrivain a construit son œuvre grâce à des processus qu’il fait entrer dans la pratique artistique. La littérature devient aussi un objet d’investigation.
Il ouvre la voie à la psychanalyse appliquée en exp!orant la méthode de l’écrivain : “c’est dans sa propre âme qu’il dirige son attention sur l’inconscient, qu’il guette ses possibilités d’événements et leur accorde une expression artistique, au lieu de les réprimer par une critique consciente.”
La projection est “un processus psychique qui place dans le monde extérieur ce qui a été effacé de la conscience.”
B- Passion littéraire : l’écriture et les livres
Freud restera un amateur même s’il publie des livres connus dans le monde entier pour ses travaux et ses théories.
Dans les livres, il recherche ce qu’il vit dans sa vie personnelle. Il veut trouver des réponses à ses problèmes en menant une quête de soi sans méconnaissance. Il éprouve de la curiosité par rapport à ses sentiments. Cette démarche amène un effet cathartique qui l’aide à continuer à évoluer grâce à ses lectures. Ce serait, comme aujourd’hui, des lectures dans le domaine du développement personnel qui donnent des solutions mais qui ne sont pas adaptées à la personnalité individuelle mais à toute une communauté de lectrices / lecteurs. La connaissance endopsychique fait de “l’écrivain celui qui sait sans savoir.”
Freud se nourrit de la lecture des classiques littéraires. Il a lu les antiques comme Virgile et il en tire cette citation de Virgile : “ Si je ne peux fléchir ceux d’en haut, je remuerai l’Achéron”. Virgile sert d’épigraphe à l’Interprétation des rêves.”
A ses amis, Zweig, Mann, Rolland, il adressera selon les périodes des messages d’amitié, des commentaires, des réflexions que leurs œuvres lui inspiraient….
Il trouve dans le plaisir de la lecture, l’intérêt d’une quête de soi à l’abri de la méconnaissance, la curiosité pour ces sentiments de nous-mêmes ignorés et l’effet cathartique qu’ils nous procurent.
C- Freud contre André Breton ou le courant surréaliste
Le malentendu entre Freud et André Breton concerne l’écriture automatique. Freud envoie un message furieux à ce sujet. Le chef de file du courant surréaliste explique dans Le manifeste du Surréalisme que l’écriture automatique est un moyen d’exprimer l’inconscient.
Le fondateur du surréalisme considérait comme essentiel l’apport de Freud en ce qui concerne l’apprentissage des techniques surréalistes. L’écriture automatique en est une. André Breton voyait en Freud son maître à penser et la psychanalyse comme un outil révolutionnaire pour libérer l’inconscient, tandis que le père de la psychanalyse voyait les surréalistes comme “des fous intégraux” et avouait ne rien comprendre à cette forme artistique. Mais, ce serait ne pas considérer la complexité du psychisme comme les distinctions entre ceux de l’inconscient, du préconscient et du conscient avec les processus primaires et secondaires.
Les processus primaires englobent le rêve, apte à prendre en charge toute la symbolique inconsciente. Les processus secondaires sont ceux de la pensée consciente, du langage, de la représentation de mot, de tout le travail psychique engagé dans la création à l’insu même du créateur.
A la richesse infinie de la littérature se mêle la psychanalyse qui apporte ses découvertes et les processus du fonctionnement psychique qui président à l’acte de création, des surréalistes notamment.
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L’écriture et la psychanalyse se complètent dans le sens où elles montrent toute la richesse des créations littéraires spécialisées en psychanalyse dans l’œuvre de Freud. Cet article démontre le fonctionnement psychique qui se réalise et préside à l’acte de création.
En quoi le Manifeste du Surréalisme n’est pas issu de la théorie freudienne concernant l’écriture automatique ?
Lien vers l’article : https://chloeannadavidben.fr/linterpretation-des-reves-et-sur-le-reve-de-sigmund-freud/
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