Littérature et psychanalyse de Paul-Laurent Assoun (1996)

Deux silhouettes enveloppées et suspendues par des fils rouges lumineux dans une pièce faiblement éclairée
Deux silhouettes enchevêtrées dans des fils rouges lumineux, ressemblant à des marionnettes manipulées par des mains invisibles.

La littérature et la psychanalyse sont deux disciplines différentes mais qui s’accordent pour faire évoluer la science psychanalytique. Dans l’ouvrage intitulé comme le titre de cet article, je ferai un ajout avec Le Thème des Trois Coffrets (1913) écrit par Freud et traduit par Marie Bonaparte et Mme Marty en 1927. Freud et Marie étaient amis et communiquaient beaucoup par correspondances épistolaires comme c’était habituel à l’époque où les ordinateurs n’existaient pas.

En quoi la littérature et la psychanalyse se complètent-elles ?

Dans la première partie, nous verrons et étudierons la notion de la perversité et de l’œdipe pour analyser la littérature psychanalytique de Freud à travers Le Thème des Trois Coffrets.

I- La littérature, la psychanalyse, la perversion et l’œdipe

Une personne qui n’a pas fait son œdipe, c’est-à-dire qui n’a pas appris à rejeter son désir incestueux envers sa mère et son impulsion de mort envers son père, devient un pervers. Sa personnalité se forme grâce à ce manque.

A- Perversion : un œdipe mal fait

L’origine de la perversion est un œdipe mal fait. Pour qu’un enfant soit sain d’esprit, il faut qu’il comprenne qu’on ne se marie pas avec son père ou sa mère. Le petit garçon veut épouser sa maman et la petite fille son papa. Mais c’est interdit.

Lorsque l’enfant parle de son projet, l’adulte doit impérativement lui dire non et expliquer qu’il ou elle épousera quelqu’un qui ressemblera à maman ou à papa mais que ce ne sera pas un de ses parents. C’est le premier deuil de sa vie et il faudra l’accompagner dans ce processus pour qu’il soit bien réalisé. Ce sera compliqué de l’entendre pleurer mais c’est une étape essentielle pour son développement. Après ce deuil, l’enfant doit apprendre la notion du bien et du mal pour compléter l’œdipe.

Pour comprendre ce qu’on attend d’eux, les enfants doivent savoir que tuer quelqu’un est extrêmement grave, que c’est le pire des actes, à égalité avec celui de la demande œdipienne. Cette période de l’apprentissage est fondamentale pour l’enfant et le futur adulte. Vous voulez le transformer en pervers ? Que son but dans la vie soit de faire souffrir d’autres personnes ? En tant que parent, nous voulons le meilleur pour nos enfants et il faut obligatoirement passer par cette phase parce qu’il n’y a a pas le choix. C’est mieux pour l’enfant qui pourrait devenir un adulte en souffrance car les pervers souffrent de leurs comportements mais ils n’ont pas le choix, ils doivent acquérir de l’énergie pour ne pas mourir mentalement. Ils n’en produisent pas naturellement, comme ceux qui sont des personnes normales et souvent, des futures proies.

B- La littérature et la psychanalyse sont-elles des compléments ?

Selon l’auteur, c’est le cas et il le démontre tout au long du livre. Il parle de littérature psychanalytique en se basant sur l’exemple de Freud et de Jensen qui ont collaboré ensemble. Freud est le créateur de la psychanalyse. Il a fait des études de neurologie mais son domaine de prédilection était la recherche psychanalytique. Il a développé le concept de l’œdipe en se basant sur la légende écrite par Sophocle pendant l’Antiquité grecque. Il démocratise le phénomène de la perversion. Il a écrit de nombreux ouvrages pour faire connaitre ses théories au monde entier. Les plus connus sont les deux livres intitulés L’Interprétation des rêves et l’Introduction à la psychanalyse.

Quant à Jensen, il est l’auteur de la Gradiva (1902) dont s’inspirera l’auteur pour démontrer certains principes psychanalytiques. C’est l’histoire d’une statue présentée à la vue du public dans un des musées du Vatican. Elle représente une jeune femme qui est morte pendant l’éruption du Vésuve en 79 à Pompéi. Elle plait beaucoup au personnage principal qui est archéologue et qui se nomme Norbert Hanold. Celui-ci rêve qu’il retrouve sa Gradiva peu de temps après son songe. Pendant une de ses périodes de rêve, il la retrouve à Pompéi et il sauve la Gradiva de la mort pendant l’éruption du Vésuve. Revenu au début du siècle dernier, il trouve à Pompéi une femme qui ressemble beaucoup à la Gradiva antique et il lui confie le trouble dans lequel il est en la voyant vingt siècles plus tard. L’histoire ne dit pas s’il tombe amoureux de la Gradiva moderne. Le nom de Gradiva signifie en latin « celle qui marche en avant ». Freud élabore une interprétation de cette nouvelle et il en déduit que la femme représente la Mort.

C- La littérature et la perversion

Les essais sur la psychanalyse et la signification de la perversion sont, très souvent, basés sur les déductions freudiennes. Dans un livre intitulé Totem et Tabou (1913), publié la même année que Le Thème des Trois Coffrets, Freud aborde le sujet de la perversion au sens œdipien du terme. Il le décrit comme l’apprentissage des bases de la religion, de la moralité, de la société, de l’art. Avec d’autres livres, il élabore sa théorie de la culture.

Le pervers n’acquiert pas la notion de bien et du mal. Pourtant, il sait que tuer quelqu’un est très mal mais il ne fait pas la liaison entre cette règle et celle de l’œdipe. La perversion est présente dans tous les genres littéraires : de la poésie au roman, en passant par l’essai, les pervers sont décrits comme des gens dangereux et maltraitants. Ils choisissent une femme et l’asservissent en la rendant malheureuse. Il apporte la destruction et la mort pour des personnes qui sont sous son autorité immédiate ou un peu plus éloignées mais qui sont dans son entourage.

Freud élabore ses théories en se basant sur les témoignages de ses patients pendant les séances de psychanalyse. En voulant aider, il crée sa théorie qu’il expérimente sur des enfants en premier lieu. Sa fille cadette, Anna Freud, deviendra une des pionnières de la thérapie enfantine, en opposition avec les théories de Mélanie Klein qui exerce le même métier qu’Anna. Les deux femmes sont rivales. Anna appliquera les théories de son père pour soigner les enfants dits « compliqués et caractériels ».

Les pervers peuvent faire partie de ses petits patients et les soigner s’avère être un véritable défi. Ces enfants ne peuvent pas guérir car le mal est déjà fait et c’est trop tard pour eux malheureusement… Et pour les autres également.

II- Littérature, psychanalyse et le Thème des Trois Coffrets

La littérature, la psychanalyse, et le Thème des Trois Coffrets sont concomitants entre eux. Comme je l’ai expliqué, la littérature est le mode de diffusion de la psychanalyse. Le Thème des Trois Coffrets est une nouvelle dont le sujet traite de l’assujettissement des princesses de nouvelles ou de contes de fée.

A- Le Thème des Trois Coffrets (1913)

Le Thème des Trois Coffrets est une théorie utilisé abondamment dans les contes de fées et les nouvelles traitant de la relation entre les fratries de femmes.

Dans le Marchant de Venise par W. Shakespeare (1605) et Cendrillon, le thème du mariage est prépondérant. Dans ces deux livres, il y a des fratries de trois femmes. Les deux ainées et leur mère martyrisent la cadette qui est parfaite et dominée. Le prince rencontre les trois femmes et choisit la cadette qui est décrite comme une personne accomplie, au détriment des autres sœurs qui sont jalouses. La mère ne veut pas qu’elle se libère et quand Cendrillon a l’occasion de s’échapper et de s’émanciper, la marâtre l’enferme dans sa chambre pour l’empêcher d’épouser le prince qu’elle destine à une de ses filles naturelles. Elles n’ont rien pour elles et Cendrillon a tout. La marâtre et les deux autres filles le savent et se vengent.

Dans ce conte de fée, le père de Cendrillon est mort et ne peut donc pas intervenir pour sauver sa fille de son esclavage. Les deux autres sœurs sont jalouses de l’éducation et de l’attention que le père de Cendrillon apporte à sa cadette, qui est sa préférée et avec qui il passe tout son temps. Au décès de son père, Cendrillon se retrouve seule et devient le souffre-douleur de toute sa famille recomposée.

Le conte de Blanche-Neige est construit sur le même schéma. La marâtre veut être la plus belle et un jour, son miroir lui dit que Blanche-Neige est la plus belle. Pour se venger, elle ordonne à un de ses gardes d’emmener sa belle-fille dans les bois et de la tuer. Mais la personne ne peut pas le faire et il l’abandonne. Elle est recueillie par les sept nains. A la fin du conte, elle se marie avec le prince, comme Cendrillon.

B- Littérature psychanalytique et perversion

Le livre Littérature et Psychanalyse vaut « comme un Discours de la Méthode » freudien à l’adresse de la littérature. Il explore le scénario inconscient de la création littéraire en se basant sur des exemples et des figures qui ont permis à Freud de mettre la psychanalyse à l’épreuve. C’est un instrument de mise au travail de la lecture psychanalytique des textes.

Comme je l’ai expliqué ci-dessus, la littérature s’assemble avec la psychanalyse. Si l’on va plus loin, on peut en déduire qu’il y a une psychanalyse de la perversion, à travers les personnages de fictions. J’ai cité Cendrillon et la Gradiva mais il y en a plein la littérature car la figure des méchants, meurent à la fin des ouvrages. Comme dans les romans et les films, les méchants sont toujours punis.

Ça fait partie de la morale que les enfants doivent apprendre. Quand on fait des bêtises, on est punis et c’est normal. Quand un méchant maltraite une gentille, il est aussitôt puni et il meurt à la fin du film ou du livre. Dans le Seigneur des anneaux, de Tolkien, Soron répand sa malédiction et la mort sur toutes les contrées qu’il veut dominer. Les héros s’y opposent en envoyant Frodon détruire l’anneau dans les entrailles du volcan qui est le siège du méchant, Soron. Frodon doit défier la colère de Soron en détruisant l’anneau dans les flammes de sa montagne en éruption. On peut comparer ce volcan à l’Enfer des Chrétiens qui est représenté depuis toujours dans les arts et notamment en peinture et dans la littérature chrétienne. Les chrétiens qu se comportent mal vont en enfer. Le personnage de Gollum veut tuer Frodon pour récupérer l’anneau et il se retrouve à mourir dans la lave du volcan de Soron qui meurt lui aussi dans la destruction de sa montagne protectrice.

C- Amour ou domination ?

Non, les pervers ne sont pas capables d’aimer quelqu’un car ils ne connaissent pas ce sentiment qu’ils ne ressentent pas. Ils ne peuvent donc ni l’analyser ni le transmettre à leurs proches. En ce qui me concerne, c’était pendant la Seconde Guerre mondiale que sa mère l’a envoyé en pension. Il n’avait que trois ans et sa mère n’allait jamais le voir. Ce qui est arrivé n’était pas de la faute de mon arrière-grand-mère. Un enfant qui manque d’amour peut-il devenir un pervers ? Je pense que oui puisqu’il n’avait pas d’exemple à suivre et à copier. De plus, son père était mort.

Dans ma famille, la violence psychologique se transmet de mères en filles et j’essaie de ne pas reproduire les schémas que ma famille m’a enseigné pendant mon enfance. Maintenant, je me différencie et j’évolue loin de ma famille pour être libre et arrêter d’obéir à des ordres qui me rendaient malheureuse et qui ne me convenaient pas du tout parce qu’ils ne me ressemblaient pas. J’ai toujours su ce que le mot « amour » signifiait et je l’ai offert à beaucoup de personnes qui ont croisé mon chemin. Aujourd’hui, je ne rend plus de comptes et j’ai appris à m’opposer et à dire non, stop !

Le pervers domine sa proie amoureuse. Il demande et elle exécute puisqu’elle croit le sauver par ses actions et son amour. Bien sûr, c’est voué à l’échec mais la proie ne le comprend que lorsque la relation est définitivement terminée et qu’elle est en plein deuil post-rupture.

La perversion se base sur la domination. J’ai appris à ne plus me comporter en esclave. Un jour, j’ai refusé de servir un verre d’eau à cette personne et il est parti bouder dans son coin. Quand son épouse est rentrée, il s’est plaint en espérant qu’elle me gronderait mais elle ne l’a pas fait. Je me suis libérée ce jour-là car j’ai constaté que je pouvais dire non sans avoir de problème en conséquence. J’ai fini par le dénoncer publiquement et lui dire : »Je n’ai plus peur et je ne joue pas à ton petit jeu pervers ». Depuis, je suis en paix avec moi-même et les autres.

*

La littérature et la psychanalyse sont deux disciplines qui s’assemblent et se complètent comme un vieux couple. Peut-on refaire un Œdipe et est-ce possible de travailler dessus en thérapie à l’âge adulte ?

Personnellement, j’ai beaucoup aimé ce livre que j’ai lu très facilement. L’auteur développe ses arguments de façon fluide et détaillée sans que la lecture en soit fastidieuse.

Voici le lien vers un autre article qui parle de perversion : https://chloeannadavidben.fr/le-codex-de-la-manipulation-de-jerem-maniaco/

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A propos Chloé

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